Domaine Lemorton

Lemorton · Calvados 1980

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Un millésime 1980 du Domfrontais, taillé pour la fin de repas plutôt que pour l'apéritif.

Quand servir le Calvados Lemorton 1980

La question à se poser devant une bouteille comme celle-ci n'est pas de savoir avec quoi la mélanger, mais à quel moment l'ouvrir. Le Calvados Lemorton 1980 est une eau-de-vie de fin de soirée, dont le miel et la douceur ne servent à rien tant que le repas n'est pas terminé.

Le digestif de fin de repas, à 18-20 °C dans un verre tulipe

La température de service se situe entre 18 et 20 °C, soit la température d'une pièce, jamais celle d'un placard froid. Le verre tulipe fait le reste : sa cheminée resserre les arômes vers le nez, ce qu'un verre à large ouverture disperserait. C'est le contenant de la dégustation, pas celui du service pressé.

Un vieux calvados demande aussi un moment sans concurrence. Servi trop tôt, entre deux plats ou en apéritif, il se retrouve couvert par tout ce qui arrive ensuite et sa longueur ne sert plus à rien. En digestif, il a le champ libre.

Ni glace ni carafe : une eau-de-vie qui se réchauffe dans la main

Pas de glace : le froid referme la palette aromatique et fait disparaître exactement ce que l'on est venu chercher, la vanille et le miel. Pas de carafage non plus, qui n'apporte rien à une eau-de-vie déjà ouverte par des décennies de chai. Il suffit de tenir le verre quelques instants dans la main pour que le millésime se déplie.

Les accords de fin de repas d'un millésime miellé

Le registre confit et miellé de cette année s'entend naturellement avec les desserts aux fruits jaunes et aux pommes, et les agrumes de la bouche répondent bien à une tarte. Un vieux calvados se sert aussi après des fromages affinés, ou seul, ce qui reste le plus juste avec un millésime de cette douceur.

Reste l'usage le plus évident d'une bouteille datée : elle porte une année lisible sur l'étiquette, ce qui en fait un cadeau simple à choisir quand cette année compte pour celui qui la reçoit.

Le fût de chêne, la poire et le boisé de ce millésime

Ce qui arrive dans le verre est le produit de deux choses seulement : ce qui a été distillé, et ce que le bois en a fait pendant des dizaines d'années. Sur ce millésime, les deux se lisent distinctement.

Un assemblage de 70 % de poire et de 30 % de pommes

La base est un assemblage de 70 % de poiré pour 30 % de pommes, la proportion que le domaine pratique sur toute sa série de millésimes et qui reste très minoritaire dans le paysage du calvados. C'est elle qui explique l'éclat concentré de poire que l'on retrouve au cœur de la bouche, là où une eau-de-vie de pomme seule donnerait autre chose.

Le moût fermente avant de passer à l'alambic à colonne chauffé au bois, dont l'eau-de-vie sort autour de 68 à 70 degrés. Tout ce qui suit relève du chai.

Ce que des décennies de chai apportent : vanille, caramel et miel

La vanille, le caramel et le miel ne viennent pas du verger : ce sont des arômes de bois. Ils apparaissent lentement, au rythme des échanges entre l'eau-de-vie et le chêne, et ils forment sur ce millésime une couche continue qui enrobe le fruit sans le masquer.

C'est ce qui donne à la bouteille son caractère doux plutôt que puissant. Certaines années du domaine partent vers la réglisse ou le bois fumé, celle-ci est restée du côté de la pâtisserie.

40 % vol. pour 70 cl : le degré d'alcool d'un vieux calvados

Le degré d'alcool est de 40 % vol., dans un format de 70 cl. Sur un spiritueux jeune, ce chiffre se sent tout de suite ; ici, il s'efface derrière la rondeur, et l'alcool ne fait que porter les arômes. C'est la marque d'un vieillissement long, et l'une des raisons pour lesquelles ce millésime se boit sans effort.

La dégustation : ambre brillant, poire confite et agrumes

Les notes qui suivent sont celles de cette année précise. Le producteur, le verger, l'alambic et le degré sont communs à toute la série des millésimes du domaine : la dégustation est le seul terrain où deux années se distinguent réellement l'une de l'autre, et celle-ci a son caractère bien à elle.

À l'œil, un ambre brillant

La robe est d'un ambre brillant, franc et lumineux. Comme toute eau-de-vie de fruit, ce calvados est sorti incolore de l'alambic : la couleur est entièrement le fait du fût de chêne, et cet ambre annonce assez fidèlement le boisé que la bouche confirme.

Au nez, poire confite, pomme au four et vanille discrète

Le nez ouvre sur la poire confite et la pomme au four, deux fruits déjà travaillés par le temps plutôt que croquants. La vanille reste discrète, en retrait, et l'ensemble revient ensuite sur des notes de caramel et de pâtisserie miellée qui installent le millésime dans un registre gourmand.

En bouche, le boisé et les agrumes, puis une finale longue et douce

La bouche est boisée, relevée d'agrumes et de miel, avec au centre un éclat concentré de poire qui rappelle d'où vient l'eau-de-vie. Les agrumes apportent le contrepoint : ils empêchent le miel de peser et gardent de la fraîcheur jusqu'au bout. La finale est longue et douce, sans la moindre aspérité.

C'est un millésime facile à faire découvrir. Rien n'y demande d'apprentissage : la douceur de la finale et la lisibilité des arômes en font une entrée en matière évidente pour qui n'a jamais bu de vieille eau-de-vie normande, et une valeur sûre pour les autres.

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